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Anatomia publica

 
Anatomia Publica/ Copyright Axel Perez
J'ai toujours fantasmé sur ce trio.
On m'appelle Tomeo, mais mon vrai prénom est Bartolomé, Daniel, en hommage à mes deux grands-pères. Je n'ai connu que Bartolomé, car Daniel est mort, dans des circonstances mystérieuses.
Barthélémy, c'est un prénom qu'on ne donne plus aux enfants, à cause du massacre de la Saint Barthélémy. C'est un saint qui a été écorché vif et c'est le saint patron des bouchers. Et ma mère a épousé un boucher, mon père. Il m'emmenait souvent aux abattoirs, et je me souviens très bien des carreaux blancs, du sang qui coule, du cri des animaux et surtout, une odeur. Cette odeur, je l'ai retrouvée en disséquant des cadavres à la faculté de médecine. Fils de boucher, je suis devenu médecin, puis danseur, toujours entre la viande, le corps, la chair.
Médecin, comme disait ma grand-mère, c'est un beau métier. Le seul métier où l'on peut dire sans ambiguïté :
« Déshabillez vous, je vais vous examiner. »
Ce premier volet se construit autour de l'histoire de mes grands-parents et met en scène un trio – deux hommes et une femme – dans une situation de retrouvailles.
La scène est simple : la femme lit le journal. Un homme – son mari – entre, l'embrasse, accroche sa veste. Arrive un autre homme, qui l'embrasse à son tour d'un baiser fougueux, sous les yeux du mari.
Nous nous sommes attachés à décortiquer la scène en nous inspirant plus particulièrement de deux des films de Martin Arnold : Pièces touchées et Alone. Nous avons décomposé le mouvement, sur scène, en temps réel, dans un rythme saccadé, porté par le son hypnotique d'une machine.
Comme le scalpel ouvre les chairs et donne à voir les viscères, la déconstruction et la décomposition de la gestuelle du corps révèlent les strates qui composent nos actions, dévoilent ce qui se trame en dessous de la surface apparente de nos actes.
Pièce d’horlogerie et conte hystérique, le spectacle interroge les mécanismes qui agissent sur notre inconscient.
Un vaudeville expérimental où se côtoient étrangeté, humour et cruauté !
Tout commence avec la reproduction.
Jacques Derrida

 

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